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Arkéa et le Crédit Mutuel : le risque de séparation se précise

Arkéa et le Crédit Mutuel : le risque de séparation se précise

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Après 3 ans de guérilla judiciaire et de tensions mal dissimulées, Arkéa pourrait quitter le giron de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Emmené par son président, Jean-Pierre Denis, le conseil d’administration d’Arkéa se prononcera mercredi 17 janvier 2018 sur la question de savoir si oui ou non le groupe restera affilié au Crédit Mutuel. Un vrai séisme dans le monde de la banque mutualiste !

Séparation et rachat de crédit

Quitter le Crédit Mutuel : un choix qui n’est pas anodin

Voilà maintenant quelques années que les deux entités ne s’entendent plus, mais la relation entre Arkéa et le reste du groupe Crédit Mutuel semble aujourd’hui au plus mal.

Pour rappel, le groupe Arkéa rassemble les caisses Crédit Mutuel du Sud-Ouest, de Bretagne et du Massif central. Favorable à l’unité de la Confédération, ce dernier avait cependant émis le souhait d’être rattaché au groupe Crédit mutuel-CM11.

Le conseil d’administration d’Arkéa devrait se réunir dès le mercredi 17 janvier 2018 afin de se prononcer sur l’appartenance de l’entité à la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. C’est du moins ce qu’affirme un mail envoyé en interne à l’ensemble des salariés du groupe.

Une décision lourde de conséquences, puisque si la rupture est consommée, Arkéa devra renoncer à la marque Crédit Mutuel. Une étude de l’Observatoire Posternak-IFOP révélait pourtant récemment qu’il s’agit de la marque bancaire la plus appréciée des Français !

Outre les coûts économiques et réputationnels associés à ce changement d’identité, quitter le Crédit Mutuel reviendrait pour Arkéa à plonger dans l’inconnu. La nouvelle entité devrait en effet, pour garantir le maintien de son statut de banque, obtenir un nouvel agrément bancaire et rassurer les institutions financières quant à son niveau de fonds propres.

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Un conflit qui s’éternise

Mais si beaucoup sont étonnés par l’annonce d’Arkéa, le désaccord entre le groupe et les autres fédérations du Crédit Mutuel ne date pas d’hier.

La saga judiciaire débute dès octobre 2014, et c’est Arkéa qui ouvre le bal des hostilités en saisissant l’Autorité de la concurrence et le procureur de la République de Paris ! Ce dernier dénonce en effet « une situation persistante de conflits d’intérêts au sein de la confédération », qu’il accuse de faire cause commune avec les fédérations du CM11-CIC.

Le CM11-CIC est une branche influente du groupe Crédit Mutuel, qui regroupe les caisses régionales Centre Est Europe, Sud-Est, Ile-de-France, Savoie-Mont Blanc, Midi-Atlantique, Loire-Atlantique et Centre Ouest, Centre, Normandie, Dauphiné-Vivarais, Méditerranée, Anjou, et le CIC.

Quelques temps plus tard, les choses s’enveniment encore davantage lorsque la Banque Centrale Européenne se prononce ne faveur d’un renforcement des pouvoirs de l’organe central du groupe Crédit Mutuel. L’objectif ? Permettre une meilleure surveillance des risques à l’échelle du groupe bancaire. Mais Arkéa vit cette décision comme une agression et une tentative de diminuer son autonomie. L’entité refuse de se soumettre à ces exigences et les affrontements judiciaires se poursuivent.

Au cœur du maelstrom : Jean-Pierre Denis. Le président du groupe Arkéa est partisan d’une indépendance sans concession et se refuse au compromis, en dépit de plusieurs tentatives de médiation de la part des pouvoirs publics.

Ce dernier n’en est pas à son coup d’essai et jouit d’une grande popularité au sein des caisses indépendantistes. En octobre 2016, il avait déjà demandé aux caisses régionales de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central de se prononcer sur la création d’un organe central distinct pour le groupe Arkéa. Une décision approuvée par l’écrasante majorité (96,4% !) des 334 présidents des caisses concernées. En pratique, la mesure n’avait cependant pas abouti, les pouvoirs publics s’y étant fermement opposés.

Mais si Jean-Pierre Denis parvient à rassembler quand il parle de défendre l’autonomie du groupe Arkéa, faire accepter à ses troupes une rupture complète avec le Crédit Mutuel risque d’être une autre paire de manches !

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Un avenir incertain

De leurs côtés, les syndicats ne cachent pas leur inquiétude. Réuni en intersyndicale vendredi 12 janvier 2018, la CFDT, la CGT, le SNB et l’UNSA ont envoyé aux dirigeants d’Arkéa une lettre faisant part de leurs doutes : « Nous vous alertons sur l’avenir de notre groupe mutualiste et la pérennité de nos emplois ». Les syndicats, eux, prônent en effet « l’autonomie au sein du Crédit mutuel ».

Une inquiétude bien fondée, puisqu’en quittant le groupe Crédit Mutuel, Arkéa s’expose à une guerre commerciale. La fin des clauses territoriales existant aujourd’hui permettrait en effet au Crédit Mutuel de s’implanter sur les territoires couverts par Arkéa.

Outre les syndicats, certaines caisses locales se déclarent également contre la décision de quitter le groupe. Plusieurs se sont ainsi réunies au sein d’un collectif baptisé « Les présidents lucides du Crédit mutuel Arkéa ». De quoi ajouter encore davantage à la cacophonie ambiante. Si le divorce a bel et bien lieu, une bonne dose de pédagogie sera nécessaire pour expliquer aux clients à quelle banque ils sont rattachés…

Une situation sans précédent dans le monde de la banque mutualiste, plus habitué aux fusions d’agences qu’aux scissions. La rupture aura-t-elle bien lieu ? Rendez-vous vendredi pour la suite du feuilleton !

Paul Atz

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